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Scope 3 en supply chain : définition, catégories et méthode de calcul

Le scope 3 regroupe les émissions indirectes de la chaîne de valeur : achats, transport amont et aval, usage des produits. Comment on l'estime, facteurs moyens ou données fournisseurs, et pourquoi le chiffre bouge.

Mansour NiangPar Mansour Niang, CEO & cofondateur de Clevizio·Publié le 30 septembre 2026·6 min de lecture
Scope 3 en supply chain : définition, catégories et méthode de calcul

L'essentiel

Le scope 3 regroupe les émissions indirectes de la chaîne de valeur : achats, transport amont et aval, usage des produits. Comment on l'estime, facteurs moyens ou données fournisseurs, et pourquoi le chiffre bouge.

Définition du scope 3

Le scope 3 désigne l'ensemble des émissions de gaz à effet de serre indirectes qui se produisent dans la chaîne de valeur d'une entreprise, en amont chez ses fournisseurs et en aval chez ses clients, sans être émises par des installations qu'elle possède ni par l'énergie qu'elle achète. La classification vient du GHG Protocol, le référentiel de comptabilité carbone le plus utilisé au monde, qui distingue trois périmètres. Le scope 1 couvre les émissions directes, chaudières, fours, flotte de véhicules ; le scope 2 couvre les émissions liées à l'électricité, à la chaleur et à la vapeur achetées ; le scope 3 couvre tout le reste, réparti en quinze catégories numérotées. Pour un industriel qui achète des matières, les transforme et vend des produits, ce troisième périmètre représente en général la plus grande part de l'empreinte, souvent de très loin, parce que l'acier, le plastique, le sucre ou l'huile de palme qu'il achète portent déjà les émissions de leur propre production. C'est ce qui fait du scope 3 un sujet de supply chain avant d'être un sujet de direction RSE. Les leviers sont dans les achats, la logistique, la conception des produits et le choix des fournisseurs, c'est-à-dire dans les décisions que prend le directeur supply chain, pas dans la salle des chaudières.

Les catégories qui concernent la supply chain

Sur les quinze catégories du GHG Protocol, cinq concentrent l'essentiel des émissions et du travail dans une ETI industrielle. La catégorie 1, achats de biens et services, couvre les matières premières, les composants, les emballages et les prestations, et pèse presque toujours le plus lourd, puisqu'elle contient l'empreinte de fabrication de tout ce qui entre à l'usine. La catégorie 4, transport et distribution amont, couvre l'acheminement des achats jusqu'aux sites et les prestations logistiques payées par l'entreprise. La catégorie 9, transport et distribution aval, couvre la livraison des produits vendus jusqu'aux clients ou aux plateformes, quand elle n'est pas payée par l'entreprise elle-même, la frontière entre les catégories 4 et 9 tenant à qui règle la facture de transport. La catégorie 11, utilisation des produits vendus, compte pour les fabricants d'équipements consommateurs d'énergie, moteurs, appareils, machines, et devient marginale pour un fabricant de biscuits. La catégorie 12, fin de vie des produits vendus, concerne surtout les emballages et les produits non recyclables. S'y ajoutent, avec un poids variable, les immobilisations, les déchets des sites, les déplacements professionnels et domicile-travail, qui relèvent d'autres directions. Un directeur supply chain qui regarde son scope 3 regarde donc, avant tout, ses achats et son transport, et il s'aperçoit vite que les deux tiers ou plus de son chiffre dépendent de données qu'il ne détient pas lui-même.

Comment on estime un scope 3

Le principe est le même pour toutes les catégories : une donnée d'activité multipliée par un facteur d'émission, et la qualité du résultat dépend de la finesse de l'une et de la pertinence de l'autre. Pour les achats, l'approche la plus rapide, dite monétaire, multiplie les euros dépensés par famille d'achat par un facteur moyen en kilogrammes de CO2 équivalent par euro, disponible dans des bases publiques comme la Base Empreinte de l'ADEME. Elle donne un ordre de grandeur en quelques semaines et une hiérarchie des postes, mais elle ne bouge pas quand on change de fournisseur pour un moins émetteur, puisqu'elle ne voit que le montant payé. L'approche physique, dite par activité, multiplie des tonnes de matière, des kilomètres parcourus ou des kilowattheures par des facteurs moyens propres à chaque matière ou mode de transport. Elle exige d'extraire des quantités de l'ERP et des plans de transport, et rend enfin visible l'effet d'un allègement d'emballage ou d'un report du routier vers le rail. L'approche fournisseur, enfin, remplace le facteur moyen par le facteur réel communiqué par le fournisseur pour son produit, calculé sur son propre site avec son propre mix énergétique, et c'est la seule qui récompense un fournisseur qui a décarboné. Prenons, pour illustrer, une ETI agroalimentaire qui achète 20 000 tonnes de matières par an. En monétaire, son poste achats se calcule en un après-midi et représente peut-être 60 % de l'empreinte ; en physique, la répartition entre le sucre, les huiles et les emballages révèle que deux matières font l'essentiel. En données fournisseurs, il devient possible de constater qu'un même ingrédient acheté auprès de deux sources pèse du simple au double. Ce sont des chiffres de démonstration, mais l'escalier de précision, lui, est celui que toutes les entreprises gravissent.

Facteurs moyens ou données fournisseurs : ce que change le choix

La différence entre les deux familles de méthodes tient à ce que le chiffre permet de décider. Un scope 3 construit sur des facteurs moyens décrit le secteur plus que l'entreprise : il dit qu'un fabricant de cosmétiques émet surtout par ses matières et ses flacons, ce que tout le monde savait. Et il reste rigoureusement identique que l'on achète ses flacons à un verrier qui a électrifié ses fours ou à un autre qui tourne au gaz. Un scope 3 construit sur des données fournisseurs décrit la chaîne réelle, et il devient un outil de pilotage des achats, à condition d'accepter trois contraintes. La première est que les fournisseurs ne fournissent ces données que s'ils sont eux-mêmes équipés, ce qui couvre les grands groupes et de moins en moins de PME à mesure que l'on remonte la chaîne. La deuxième est que les données reçues sont de qualité inégale, avec des périmètres et des méthodes différents d'un fournisseur à l'autre, et il faut les vérifier avant de les agréger. La troisième est que le passage d'un facteur moyen à une donnée fournisseur fait parfois monter le chiffre, quand la réalité est moins bonne que la moyenne, ce qui déplaît à ceux qui voulaient un bilan présentable. La pratique raisonnable consiste à concentrer les données fournisseurs sur les 20 à 30 références ou fournisseurs qui pèsent le plus, et à garder des facteurs moyens sur la longue traîne, en documentant la part du chiffre qui relève de chaque méthode. C'est aussi ce que demandent les auditeurs, qui s'intéressent moins au total qu'à la traçabilité de chaque composante.

Pourquoi le chiffre bouge à chaque révision, et ce que la réglementation impose

Un directeur général qui reçoit trois bilans successifs avec trois totaux différents conclut souvent que l'exercice est fantaisiste, alors que la variation est la marque d'un scope 3 qui progresse. Chaque révision remplace des facteurs moyens par des données physiques puis fournisseurs, élargit le périmètre à des catégories d'abord laissées de côté, et intègre les mises à jour annuelles des bases de facteurs, qui évoluent avec la connaissance scientifique et le mix électrique des pays. Le chiffre bouge donc pour des raisons de méthode bien plus que pour des raisons d'activité, et la seule lecture honnête consiste à recalculer l'année de référence avec la méthode courante avant de parler de trajectoire. Sur le plan réglementaire, la France impose depuis le 1er janvier 2023, par le décret du 1er juillet 2022, que le bilan d'émissions obligatoire des entreprises de plus de 500 salariés, renouvelé tous les quatre ans, inclue les émissions indirectes significatives, autrement dit l'essentiel du scope 3. Au niveau européen, le calendrier de la directive CSRD a été revu à plusieurs reprises, et la révision dite omnibus adoptée au printemps 2026 en a relevé les seuils à plus de 1 000 salariés et 450 millions d'euros de chiffre d'affaires. Cela sort la plupart des ETI du reporting obligatoire, tout en les laissant exposées aux demandes de leurs grands clients, encadrées désormais par le standard volontaire VSME ; il faut vérifier la version transposée en droit français avant de s'organiser. Dans tous les cas, le texte impose de savoir combien on émet et d'où. Il ne dit rien de ce qu'il faut décider le jour où le fournisseur le moins émetteur est aussi celui qui livre en retard, où le report vers le rail allonge le délai de trois jours, ou où l'emballage allégé casse davantage en transport. Ces arbitrages entre carbone, coût, service et risque se prennent au fil de l'eau, référence par référence, et un bilan, même parfait, ne les prend pas à la place de l'équipe.

En résumé

Scope 3 en supply chain : définition, catégories et méthode de calcul

  • Définition du scope 3
  • Les catégories qui concernent la supply chain
  • Comment on estime un scope 3
  • Facteurs moyens ou données fournisseurs : ce que change le choix
  • Pourquoi le chiffre bouge à chaque révision, et ce que la réglementation impose

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Mansour Niang

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Questions fréquentes

Qu'est-ce que le scope 3 ?

Le scope 3 regroupe les émissions indirectes de la chaîne de valeur d'une entreprise, chez ses fournisseurs en amont et chez ses clients en aval. Il s'agit des gaz à effet de serre émis hors des installations de l'entreprise et hors énergie achetée. Le GHG Protocol le découpe en quinze catégories, dont les achats de biens et services, le transport amont et aval, l'utilisation et la fin de vie des produits vendus. Chez un industriel, il représente en général la plus grande part de l'empreinte, portée surtout par les matières achetées.

Comment calculer le scope 3 ?

En multipliant, catégorie par catégorie, une donnée d'activité par un facteur d'émission. Trois niveaux de précision existent : l'approche monétaire, qui applique un facteur moyen aux euros dépensés par famille d'achat ; l'approche physique, qui applique des facteurs moyens à des tonnes, des kilomètres ou des kilowattheures ; et l'approche fournisseur, qui utilise le facteur réel communiqué par chaque fournisseur. La pratique courante combine les données fournisseurs sur les postes les plus lourds et les facteurs moyens sur le reste.

Le scope 3 est-il obligatoire ?

En France, oui pour les entreprises de plus de 500 salariés, dont le bilan d'émissions obligatoire doit inclure les émissions indirectes significatives. Cette obligation s'applique depuis le 1er janvier 2023, et le bilan est renouvelé tous les quatre ans. Au niveau européen, la directive CSRD l'exige des entreprises qui restent dans son périmètre, relevé par la révision omnibus de 2026 à plus de 1 000 salariés et 450 millions d'euros de chiffre d'affaires ; le calendrier ayant changé plusieurs fois, il faut vérifier la version en vigueur. Les entreprises plus petites y sont surtout exposées par les demandes de leurs grands clients.

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