Ordonnancement et planification : quelle différence ?
La planification décide des volumes par période, l'ordonnancement décide de l'ordre et de l'affectation sur les ressources. Deux métiers, deux horizons, et une frontière qui devient visible le jour où un imprévu la traverse.
L'essentiel
La planification décide des volumes par période, l'ordonnancement décide de l'ordre et de l'affectation sur les ressources. Deux métiers, deux horizons, et une frontière qui devient visible le jour où un imprévu la traverse.
Trois horizons pour une même usine
Le mot planning sert dans les usines à désigner à peu près tout ce qui ressemble à un calendrier, et c'est de là que vient la confusion entre planification et ordonnancement. Pour la lever, il faut repartir des horizons. L'horizon stratégique se compte en années et décide des capacités installées, des sites et des grands contrats de sous-traitance. L'horizon tactique se compte en mois et en semaines, c'est celui du PIC puis du PDP, où l'on fixe ce que l'usine produira, famille par famille puis référence par référence, sur chaque période. L'horizon opérationnel se compte en jours et en heures, et c'est là que l'on décide quel ordre de fabrication passe sur quelle machine, avec quel opérateur, avant lequel. La planification occupe les deux premiers horizons, l'ordonnancement occupe le troisième, et la plupart des malentendus que je rencontre viennent d'une équipe qui parle de l'un en croyant parler de l'autre.
Ce que décide la planification : des volumes par période
La planification répond à une question de quantité et de date, jamais de séquence. Elle prend un carnet de commandes et une prévision, les confronte aux stocks et aux nomenclatures, et en déduit ce qu'il faut produire et approvisionner, période par période, avec les volumes agrégés qui vont avec. Elle vérifie ensuite que la charge ainsi générée tient dans la capacité globale de chaque secteur, et quand elle ne tient pas, elle arbitre à son niveau : lisser sur la période suivante, ouvrir une équipe, sous-traiter, anticiper une série. Son produit fini s'appelle le programme directeur de production, et il dit par exemple que l'usine sortira 400 pièces de telle référence en semaine 37, sans préciser sur quelle presse ni dans quel ordre. Cette imprécision est volontaire, parce qu'à cet horizon la précision serait fausse : trop de choses vont bouger d'ici là pour qu'une séquence décidée trois semaines à l'avance ait la moindre chance de tenir.
Ce que décide l'ordonnancement : l'ordre et l'affectation
L'ordonnancement prend ce programme comme une contrainte d'entrée et répond à l'autre question, celle du comment. Les 400 pièces de la semaine 37 deviennent trois ordres de fabrication, et il faut décider que l'OF 1234 passera sur la presse 2 mardi matin, juste avant l'OF 1240 qui utilise le même outillage, pendant que la presse 1 termine la série urgente de la veille. Les objets manipulés sont des ordres individuels, des machines nommées, des opérateurs avec leurs habilitations et des temps de changement de série qui dépendent de ce qui précède. Le résultat est une file d'attente par poste, réalisable à capacité finie, c'est-à-dire qui n'affecte jamais à une machine plus d'heures qu'elle n'en a. Là où la planification cherche un équilibre, l'ordonnancement cherche une séquence, et une bonne séquence se juge à des critères que le planificateur ne voit même pas : le nombre de réglages évités, les en-cours devant le goulot, le retard sur quelques dates précises.
Les données de l'un et de l'autre
Les deux métiers ne se nourrissent pas des mêmes données, et c'est souvent la façon la plus rapide de savoir de quoi une équipe parle vraiment. La planification vit de prévisions de vente, de carnet de commandes, de nomenclatures, de niveaux de stock, de capacités nominales par secteur et de délais fournisseurs, avec une fraîcheur à la semaine qui lui suffit largement. L'ordonnancement vit de gammes détaillées, de temps opératoires mesurés, de matrices de changement de série, de disponibilité réelle des machines et des personnes, de l'avancement des ordres en cours et de la présence effective des composants au pied de la ligne, avec une fraîcheur à l'heure en dessous de laquelle il produit des séquences déjà fausses. Une gamme approximative ne gêne pas le PDP, qui raisonne en heures agrégées par secteur ; elle ruine un ordonnancement, qui affecte ces heures à une machine précise. C'est pour cette raison que les projets d'ordonnancement commencent presque toujours par un chantier de données que les projets de planification n'ont pas eu à mener.
Les outils de l'un et de l'autre
Côté planification, on trouve le calcul des besoins et le PDP de l'ERP, un APS quand il faut raisonner à capacité finie sur plusieurs sites, et très souvent un tableur qui fait tout cela à la main. Côté ordonnancement, on trouve l'ordonnanceur dédié avec son Gantt d'atelier, le module de séquencement de certains APS, le MES qui renvoie l'avancement réel et, dans une majorité d'ateliers, le tableau blanc du chef d'équipe. Ce blog consacre des guides distincts au choix d'un logiciel de planification de production et au choix d'un logiciel d'ordonnancement, précisément parce que l'erreur d'achat la plus fréquente consiste à acheter l'un en croyant régler le problème de l'autre. Un APS très puissant sur l'équilibrage de charge peut n'apporter rien à un atelier dont la douleur est le changement de série, et un ordonnanceur très fin ne corrigera jamais un PDP construit sur une prévision que personne ne relit. Avant de comparer des éditeurs, il vaut la peine de nommer l'horizon où l'argent se perd.
La frontière entre les deux, là où ça casse
Tant que la semaine se déroule comme prévu, la frontière entre planification et ordonnancement est confortable : le plan descend, la séquence s'exécute, chacun reste à son étage. Elle devient visible le mardi à dix heures, quand une presse tombe en panne, qu'un composant n'arrive pas ou qu'un client stratégique appelle pour une urgence. L'ordonnanceur commence par faire ce qu'il sait faire, réordonner dans le cadre de la semaine, et tant que la capacité perdue se rattrape à l'intérieur de ce cadre, personne d'autre n'a besoin de le savoir. Le problème remonte dès que le cadre ne suffit plus, parce qu'il faut alors décaler des volumes vers la semaine suivante, ouvrir des heures, sous-traiter ou décider quel client attendra, et ces décisions appartiennent à l'étage de la planification, qui ne recalculera qu'à son prochain cycle. Dans l'intervalle, l'arbitrage se règle au téléphone entre le chef d'atelier, le planificateur et le commercial, sans chiffrage, sans trace, avec la personne la plus disponible en guise d'arbitre. Je pense qu'une part importante de la performance industrielle se joue là : le plan sera faux et la séquence sera bousculée, c'est le fonctionnement normal d'une usine, et deux sites comparables se distinguent surtout par la vitesse et la qualité de la décision prise à cette frontière, sur un étage intermédiaire que ni le planificateur ni l'ordonnanceur ne possèdent.
Cet article part d'une conviction : la prévision parfaite n'existe pas, ce qui compte c'est la décision d'après.
- Trois horizons pour une même usine
- Ce que décide la planification : des volumes par période
- Ce que décide l'ordonnancement : l'ordre et l'affectation
- Les données de l'un et de l'autre
- Les outils de l'un et de l'autre
- La frontière entre les deux, là où ça casse
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Questions fréquentes
Ordonnancement et planification, est-ce la même chose ?
Non, ce sont deux étages distincts. La planification décide des volumes à produire par période sur un horizon de semaines ou de mois, l'ordonnancement décide de l'ordre de passage et de l'affectation des ordres de fabrication sur les machines à l'horizon des jours et des heures. Les données, les outils et les personnes diffèrent, même si certains logiciels couvrent les deux étages.
Qui fait la planification et qui fait l'ordonnancement dans une usine ?
La planification relève du planificateur ou du responsable supply chain, l'ordonnancement du chef d'atelier ou d'un ordonnanceur rattaché à la production. Dans une PME ou une ETI, une même personne cumule parfois les deux rôles, ce qui masque la différence sans la supprimer : elle change d'horizon et de données plusieurs fois par jour sans toujours s'en rendre compte.
Que se passe-t-il quand l'ordonnancement ne tient plus dans le plan ?
Le problème remonte à l'étage de la planification. Tant qu'un imprévu se rattrape à l'intérieur de la semaine, l'ordonnanceur réordonne seul ; quand la capacité perdue dépasse ce cadre, il faut décaler des volumes, ajouter des heures ou choisir un client à faire attendre, et cette décision engage des euros que ni l'ordonnanceur ni le plan hebdomadaire ne chiffrent. Dans la plupart des usines, elle se prend au téléphone, à l'expérience, sans laisser de trace.
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