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Buffer DDMRP : calculer les zones rouge, jaune et verte pas à pas

Un buffer DDMRP se dimensionne avec la consommation journalière moyenne, le délai découplé et deux facteurs, pour obtenir ses zones rouge, jaune et verte. Le calcul pas à pas, un exemple chiffré, et ce que le résultat ne vous dit pas.

Mansour NiangPar Mansour Niang, CEO & cofondateur de Clevizio·Publié le 14 septembre 2026·7 min de lecture
Buffer DDMRP : calculer les zones rouge, jaune et verte pas à pas

L'essentiel

Un buffer DDMRP se dimensionne avec la consommation journalière moyenne, le délai découplé et deux facteurs, pour obtenir ses zones rouge, jaune et verte. Le calcul pas à pas, un exemple chiffré, et ce que le résultat ne vous dit pas.

Les données d'entrée : ADU, délai découplé et deux facteurs

Un buffer DDMRP se dimensionne à partir de deux données et de deux facteurs, et la première chose à faire avant tout calcul est de les fiabiliser. L'ADU, Average Daily Usage ou consommation journalière moyenne, est la moyenne des sorties de la référence sur une fenêtre glissante, souvent trois à six mois d'historique, parfois pondérée par la prévision à court terme quand la saisonnalité est marquée. Le délai découplé, ou DLT, se distingue du délai fournisseur brut : il mesure le chemin le plus long, dans la nomenclature, entre ce buffer et le prochain point protégé en amont, autrement dit le temps réel qu'il faudra pour reconstituer le stock si l'on ne peut compter sur aucun autre buffer. À ces deux données s'ajoutent le facteur de délai, lead time factor, et le facteur de variabilité, variability factor, deux coefficients compris entre 0 et 1 que le Demand Driven Institute propose de choisir dans des plages : pour le facteur de délai, 0,20 à 0,40 sur les délais longs, 0,41 à 0,60 sur les délais moyens, 0,61 à 1,00 sur les délais courts ; pour le facteur de variabilité, 0,20 à 0,40 sur les références stables, 0,41 à 0,60 sur les moyennes, 0,61 à 1,00 sur les plus erratiques. Le facteur de délai surprend souvent, parce qu'il décroît quand le délai s'allonge, mais la logique tient : sur un délai long, la zone jaune est déjà large, et la sécurité n'a pas besoin d'être proportionnellement aussi grande. Enfin, la quantité minimale de commande et le cycle de commande souhaité entrent dans le calcul de la zone verte. Ces facteurs relèvent d'un choix de gestion et non d'une constante physique, et je recommande de les tracer référence par référence avec la raison du choix, sinon personne ne saura plus dans deux ans pourquoi telle famille est à 0,5.

La zone jaune : couvrir la consommation pendant le délai

La zone jaune est la plus simple à calculer et la plus intuitive : elle vaut l'ADU multipliée par le délai découplé. Elle représente ce que la référence va consommer pendant le temps nécessaire à un réapprovisionnement, et c'est elle qui donne au buffer l'essentiel de sa taille sur les délais longs. Sa fonction dans le pilotage est tout aussi claire : lorsque le flux net entre dans le jaune, le système propose un ordre, parce qu'à partir de ce niveau il ne reste plus, en principe, que de quoi tenir jusqu'à la prochaine livraison si l'on commande maintenant. Je trouve utile de la présenter aux équipes comme la zone du « c'est le moment de commander » plutôt que comme une zone d'inquiétude, car un buffer qui vit dans le jaune fonctionne normalement. Notez qu'elle ne contient aucune sécurité : la moindre consommation au-dessus de la moyenne pendant le délai mord sur la zone rouge, ce qui est précisément le rôle de celle-ci. Un délai découplé sous-estimé se traduit donc directement par une zone jaune trop courte, et c'est l'erreur de dimensionnement la plus fréquente dans les tableurs de démarrage.

La zone rouge : une base et une sécurité

La zone rouge est la sécurité du buffer, et elle se calcule en deux temps. La base rouge vaut l'ADU multipliée par le délai découplé puis par le facteur de délai, ce qui revient à prendre une fraction de la zone jaune, fraction d'autant plus grande que le délai est court. La sécurité rouge vaut cette base multipliée par le facteur de variabilité, de sorte qu'une référence erratique obtient une protection supplémentaire proportionnelle à son instabilité. La zone rouge totale est la somme des deux, et son sommet, le top of red, marque le niveau sous lequel la référence devient prioritaire pour le planificateur. Cette construction diffère de la formule statistique du stock de sécurité, coefficient de service multiplié par un écart-type, que nous détaillons dans notre article dédié : le DDMRP ne demande aucun écart-type, seulement un jugement sur la variabilité traduit en facteur, ce qui rend le calcul plus simple à expliquer mais aussi plus dépendant de la qualité de ce jugement. Une référence classée à tort comme stable se retrouve avec une zone rouge trop mince, et la première commande inhabituelle la percera. C'est pourquoi le classement en variabilité mérite d'être revu à chaque recalcul de l'ADU, et non figé au lancement.

La zone verte : la taille et la fréquence des ordres

La zone verte détermine la quantité commandée à chaque fois et, par ricochet, la fréquence des ordres. Elle prend la plus grande de trois valeurs : la quantité minimale de commande imposée par le fournisseur ou par la taille de lot en production, l'ADU multipliée par le cycle de commande souhaité, par exemple cinq jours si l'on veut passer un ordre par semaine, et enfin l'ADU multipliée par le délai découplé et par le facteur de délai, la même expression que la base rouge. Retenir le maximum garantit que chaque ordre respecte les contraintes de lot tout en évitant des commandes trop petites et trop fréquentes sur les délais courts. Une zone verte large signifie des ordres gros et espacés, avec un stock moyen plus élevé ; une zone verte étroite signifie des ordres fréquents et un stock moyen plus bas, au prix d'une charge administrative et logistique supérieure. Le sommet de la zone verte, le top of green, est la cible de tout ordre : quand un ordre part, sa quantité est celle qui ramène le flux net exactement à ce sommet. Les trois zones empilées, rouge en bas, jaune au milieu, vert en haut, forment le buffer complet, et leurs sommets successifs, top of red, top of yellow, top of green, sont les trois seuils que le planificateur suit au quotidien.

L'équation du flux net et le déclenchement de l'ordre

Le DDMRP compare les seuils du buffer à une position appelée flux net plutôt qu'au stock physique, et ce choix fait toute la différence avec un simple point de commande. Le flux net vaut le stock en main, plus les ordres de réapprovisionnement déjà lancés et non encore reçus, moins la demande qualifiée. La demande qualifiée comprend les commandes clients dues aujourd'hui ou en retard, auxquelles s'ajoutent les pics qualifiés, c'est-à-dire des commandes futures situées dans un horizon donné et dont la taille dépasse un seuil, souvent fixé à une fraction de la zone rouge sur un horizon égal au délai découplé. Cette qualification des pics est la seule manière pour le buffer de voir venir une grosse commande sans intégrer toute la prévision, et son réglage compte autant que celui des zones. La règle de déclenchement s'énonce alors en une phrase : lorsque le flux net est inférieur ou égal au sommet de la zone jaune, on propose un ordre dont la quantité vaut le sommet du vert moins le flux net. Tant que le flux net reste dans le vert, aucune action ; dans le jaune, un ordre part ; dans le rouge, l'ordre part et la référence monte en priorité, classée par son taux de pénétration dans le buffer. Deux références en jaune ne sont donc pas traitées à égalité, celle dont le flux net est le plus bas passe en premier, ce qui donne au planificateur une liste ordonnée plutôt qu'une pile d'alertes.

Un exemple chiffré de bout en bout, et ce qu'il ne dit pas

Prenons une référence dont les valeurs sont choisies pour l'exemple : une consommation journalière moyenne de 40 unités, un délai découplé de 10 jours, un facteur de délai de 0,5 et un facteur de variabilité de 0,5, une quantité minimale de commande de 300 unités et un cycle de commande souhaité de 5 jours. La zone jaune vaut 40 multiplié par 10, soit 400 unités, la base rouge vaut 400 multiplié par 0,5, soit 200, la sécurité rouge 200 multiplié par 0,5, soit 100, et la zone rouge totale atteint 300 unités. La zone verte retient le maximum entre 200 (ADU, délai et facteur de délai), 300 (minimum de commande) et 200 (ADU multipliée par le cycle de 5 jours), soit 300 unités. Les seuils s'empilent donc à 300 pour le sommet du rouge, 700 pour le sommet du jaune et 1 000 pour le sommet du vert. Supposons maintenant 350 unités en stock, 300 unités déjà commandées et non reçues, et une demande qualifiée de 120 unités entre les commandes du jour et un pic qualifié : le flux net vaut 350 plus 300 moins 120, soit 530, ce qui le place dans la zone jaune, et le système propose un ordre de 1 000 moins 530, soit 470 unités, arrondi ensuite au lot fournisseur. Ce que cet exemple ne dit pas, et que je tiens à rappeler, c'est que la zone rouge de 300 unités couvre sept jours et demi de consommation moyenne : un fournisseur qui annonce trois semaines de retard la perce sans difficulté, et à cet instant le calcul s'arrête, l'alerte tombe, et la suite dépend de la vitesse à laquelle quelqu'un chiffre les options et tranche. Un buffer juste promet un signal à temps, rien de plus, et ce signal ne vaut que par la décision qui le suit.

En résumé

Buffer DDMRP : calculer les zones rouge, jaune et verte pas à pas

  • Les données d'entrée : ADU, délai découplé et deux facteurs
  • La zone jaune : couvrir la consommation pendant le délai
  • La zone rouge : une base et une sécurité
  • La zone verte : la taille et la fréquence des ordres
  • L'équation du flux net et le déclenchement de l'ordre
  • Un exemple chiffré de bout en bout, et ce qu'il ne dit pas

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Mansour Niang

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Questions fréquentes

Comment calculer la zone rouge d'un buffer DDMRP ?

La zone rouge vaut une base plus une sécurité : la base est l'ADU multipliée par le délai découplé et par le facteur de délai, la sécurité est cette base multipliée par le facteur de variabilité. Avec une ADU de 40, un délai de 10 jours et deux facteurs à 0,5, la base vaut 200, la sécurité 100, et la zone rouge 300 unités. Les deux facteurs se choisissent dans des plages, entre 0,20 et 1,00, selon la longueur du délai et l'instabilité de la référence.

Qu'est-ce que l'ADU en DDMRP ?

L'ADU, Average Daily Usage, est la consommation journalière moyenne d'une référence, calculée sur une fenêtre glissante d'historique et parfois pondérée par la prévision à court terme. C'est la donnée sur laquelle reposent les trois zones du buffer, qui se recalculent automatiquement quand elle évolue. Une ADU calculée sur une fenêtre trop longue lisse la saisonnalité et retarde l'adaptation du buffer, tandis qu'une fenêtre trop courte le fait osciller.

Quand faut-il passer une commande en DDMRP ?

Quand le flux net devient inférieur ou égal au sommet de la zone jaune. Le flux net vaut le stock en main plus les ordres en cours moins la demande qualifiée, commandes dues et pics qualifiés, et la quantité commandée vaut le sommet de la zone verte moins ce flux net. Si le flux net tombe dans le rouge, l'ordre part aussi, mais la référence passe en tête des priorités du planificateur.

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